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Le mot de Bernard Lavilliers


« Je vous donne rendez-vous sur le Salon de la Musique "Music & You", le 19 novembre à 16h, je vais vous chanter quelques chansons avec un quatuor à cordes surprenant ! »

« Un jour, Mitterrand avait invité quelques artistes à l’Élysée, dont Renaud et moi. Il m’avait demandé : « Et vous, Bernard, que faites-vous en ce moment ? » Je lui avais répondu : « Comme d’habitude, je chante les causes perdues sur des musiques tropicales. » Les causes perdues sont les plus belles, bien sûr. Mais je n’aurais pas intitulé un album seulement « Causes perdues ». J’y tiens, même si on ne parle plus, aujourd’hui, de musiques tropicales. Avant la world music, c’est comme cela que l’on appelait la musique brésilienne, la salsa, la musique antillaise… J’ai toujours aimé cette musique. J’ai commencé à jouer de la guitare avec les accords très compliqués de la musique brésilienne. Et j’aime que, dans ces musiques, les grandes chansons ne soient pas toujours joyeuses, même si on danse dessus comme des fous. »

Biographie


Bernard Lavilliers


Sortie du nouvel album de Bernard Lavilliers « Causes perdues et musiques tropicales », le 15 novembre et dès le 8 novembre en digital.

« Un jour, Mitterrand avait invité quelques artistes à l’Élysée, dont Renaud et moi. Il m’avait demandé : « Et vous, Bernard, que faites-vous en ce moment ? » Je lui avais répondu : « Comme d’habitude, je chante les causes perdues sur des musiques tropicales. » Les causes perdues sont les plus belles, bien sûr. Mais je n’aurais pas intitulé un album seulement « Causes perdues ». J’y tiens, même si on ne parle plus, aujourd’hui, de musiques tropicales. Avant la world music, c’est comme cela que l’on appelait la musique brésilienne, la salsa, la musique antillaise… J’ai toujours aimé cette musique. J’ai commencé à jouer de la guitare avec les accords très compliqués de la musique brésilienne. Et j’aime que, dans ces musiques, les grandes chansons ne soient pas toujours joyeuses, même si on danse dessus comme des fous. »

Bernard Lavilliers s’est souvenu de sa conversation avec le Président à l’heure de donner un titre à son nouvel album. Ce sera Cause perdues et musiques tropicales – « on dirait un titre de roman de Sepulveda ». Les causes perdues sont de Paris, de New York, des rives nord de la Méditerranée et de quelques ailleurs pittoresques. Et, comme souvent avec lui, les musiques viennent de partout pour s’emmêler avec passion et décrire le monde dans sa pleine dureté autant que dans ses vives lumières.

Il n’est qu’à écouter Angola, qui ouvre l’album. Bernard Lavilliers y a retrouvé Bonga, le plus grand chanteur angolais, rencontré à l’aube des années 70 au Discophage, boîte brésilienne de la rue des Écoles, à Paris – « une scène minuscule, quatre-vingt personnes, une fumée impénétrable, soixante degrés dans la salle. J’étais un inconnu et Bonga devenait un symbole de la musique africaine. Il chantait déjà cette chanson et il me fascinait, avec sa voix hallucinante. Ce n’est pas une voix de blues de Memphis, mais une voix de blues qui chaloupe de manière hypnotique. » Et une voix qui, en version originale, détaille les horreurs d’un exil africain, la famille abandonnée, les dangers mortels, l’atroce saudade qui déchire le cœur et avec laquelle doit composer l’instinct de vie. Lavilliers et Bonga interprètent Angola comme deux vieux complices qui partagent avec chaleur les souvenirs du bon vieux temps – un bon vieux temps si dur…

Un clin d’oeil à un titre de Bonga (le thème d’accordéon) apparaît aussi sur la musique du premier single de l’album, L’Exilé, dans lequel la souffrance se danse et la révolte se déhanche. C’est l’essence de ces musiques de lutte nées sous les tropiques, même quand elles parlent ici, en France. Une fois de plus, Lavilliers fait entendre un swing révolutionnaire.

Car la fidélité compte beaucoup dans cet album, et notamment la fidélité aux idéaux qui firent si souvent arpenter le pavé. Lavilliers se souvient que son père était syndicaliste et qu’il a beaucoup chanté dans les manifs – « ça m’arrive encore ». Il a embauché le Spanish Harlem Orchestra (« on va croire que c’est moi qui ai inventé leur nom ») pour faire tourner sur un chachacha irrésistible ce refrain : « Portez-les, vos idées, vos visages/Guerroyez les moulins, les nuages/N’oubliez rien de vos rêves fous/Tenez-les, portez-les jusqu’au bout ». Il ne s’en cache pas : « L’utopie me plait. J’admets que c’est naïf, mais c’est comme ça : mentalement, je défile avec le peuple. Comme je le dis dans la chanson Causes perdues, je suis solidaire et marginal : je suis artiste, donc marginal, mais je serai toujours du côté de la rue. »

Alors tout l’album est vraiment dans ces couleurs-là, entre colères et danse, entre fracas du monde et sono mondiale, « la fibre de l’indignation et de la solidarité » et la palette des musiques de nuit de Lavilliers. Des exils, des défaites, des désespoirs amoureux et toute une confrérie de musiciens du voyage : Mino Cinelu compose et produit la frénésie tragique de Coupeurs de cannes, Fred Pallem réinvente un funk cinématographique vintage pour le très brooklynien Je cours, David Donatien cherche des échos de mazurka antillaise pour Sourire en coin, Georges Baux convoque la batterie encyclopédique de Cyril Atef, les guitares de Seb Martel, le bandonéon de Juan José Mosalini, mais aussi des percussions afro (shekere, reko reko, djembe), latines (congas, cajon), un cavaquinho capverdien ou des guitares sebene congolaises…

Comment s’étonner alors que ce soit à New York, avec le Spanish Harlem Orchestra, qu’il enregistre Cafard, adaptation d’un standard de Ruben Blades dans lequel il regrette qu’on ne sache plus où aller écouter de la musique live dans la nuit parisienne, ou que, face à l’Île du Levant à Hyères, il rêve d’un trader rompant les amarres pour aller s’échouer avec son voilier sur La Côte des squelettes, là-bas en Namibie… Il écrit à Paris sur l’ailleurs, écrit ailleurs sur Paris, met des mots d’ici sur des musiques de là-bas, se souvient de Lalo Schifrin et de Pucho pour crier sa colère de citoyen français dans Identité nationale… Toujours voyageur, toujours poing levé, toujours danseur, toujours poète.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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